Questions actuelles de la psychanalyse (Tours, nov 85)

 


On trouvera, ici, les textes qui constituent les actes des Journées d'Étude qui se sont tenues à Tours les 23 et 24 novembre 1985.
À côté des questions fondamentales, plusieurs intervenants ont essayé d'aborder les champs d'interpellation que peuvent adresser des situations qui ne correspondent à la situation typique de la cure.

 

 

PSYCHANALYSE EN INTENSION, PASSE, PSYCHANALYSE EN EXTENSION. Didier Grimault
Il a bien fallu se résigner à l'à peu près; et il n'est pas exclu que, visant à parler de la passe, j'y ai fait quelques mésusages des concepts logiques. La cure a pour effet, au mieux, le virage de la misère singulière è la difficulté commune. Dans ce virage, le surgissement du réel évide toute prise de sens et fait apparaître la raison, c'est è dire le rapport entre les signifiants. Dans l'expérience analytique, le symptôme pourrait peut-être s'y formaliser sous l'expression d'un terme porteur d'attributs; ce terme porteur d'attributs particuliers équivalant è l'expression misère singulière

LA PSYCHANALYSE : UNE PRATIQUE ((DE L') ÉTHIQUE) Pierre Marie
…cela fait quatre ans que Lacan est mort. Selon l'avis de Freud, c'est un délai largement suffisant pour un travail de deuil vis à vis de la personne et de ce qu'elle était susceptible de représenter pour chacun. Sommes-nous désormais prêts à lire les énoncés de Lacan pour eux-mêmes ? C'est de cela que je souhaiterais m'entretenir avec vous y voyant la possibilité pour notre champ de poursuivre ou de disparaître.

PSYCHANALYSE DE L'INTERPRÉTATION INTERPRÉTATION DE LA PSYCHANALYSE Pierre Sorel
…la vérité ne s'oppose pas à l'erreur ou à l'illusion, mais à l'oubli. Elle est un dévoilement qui n'est intelligible que par rapport à un non-dévoilement; elle ouvre un sens qui s'étend jusqu'au non-sens.

DÉRIVES DE LA PSYCHANALYSE DANS D'AUTRES PRATIQUES Philippe Garnier
Le "corps", sans qu'on précise bien ce dont il s'agit, serait porteur d'un "quelque chose" qui échapperait au jeu de l'association libre, mais n'en organiserait pas moins des symptômes graves, tenaces ; il serait a ce titre justiciable d'abords particuliers qui utiliseraient un champ du corps partiel, le cri et la voix, le souffle ou le toucher, ou encore le jeu, des scénarios quasi mythiques, voire des transes provoquées. Des analystes - se disant tels - s'y risquent, pour eux-mêmes, pour les personnes qui s'adressent a eux, de plus en plus fréquemment, plus ou moins ouvertement, et ceci fait question.

PLACE ET RÔLE DE L'ANALYSE DANS UNE PRATIQUE NON ANALYTIQUE Dominique LALLIER-MOREAU
Le titre exact de cette intervention aurait dû être place et rôle de l'analyse du thérapeute dans une pratique non analytique. Je vais essayer de vous exposer en quoi et comment le fait d'avoir été analysée a influencé ma pratique orthophonique. Pour me situer, je dirais d'abord que j'exerce en libéral, dans un cabinet

MORT OU VIF : LA QUESTION DE L'ANALYSE LAÏQUE Monique Besse
L'opposition freudienne de la figure du médecin notable et charlatan à celle d'un psychanalyste guérillero d'une éthique professionnelle et scientifique tient-elle toujours alors même que certains psychanalystes sont devenus des notables régnant (en payant quel tribut?) dans des structures hospitalières et universitaires ? Quelle nouvelle "Question" faudrait-il écrire pour perpétuer l'exigence freudienne ?

CONSIDÉRATIONS ACTUELLES SUR LE TRANSSEXUALISME : CORPS ET NOMINATION Sylvie Sesé-Léger
Mes réflexions sont l'état d'interrogation : il s'agit d'un travail en chantier. Première question : l'analyste, confronta au paradoxe de l'adaptation, doit-il prendre parti pour ou contre l'intervention chirurgicale ? Le praticien ne peut l'éluder quand il reçoit un patient transsexuel. Autre question : sommes-nous fondés parler de psychose sans apporter les nuances requises par la clinique du transsexualisme ?

TOPOLOGIE DU SUJET DE L'INCONSCIENT Stoïan Stoïanoff
Ce qui suit est le fruit d'un a priori : exploiter jusqu'aux limites du possible une tentative de théorisation de l'inconscient freudien, celle de Lacan, moins au titre d'une explication de phénomènes déjà repérés qu'à celui d'une nouvelle clinique psychanalytique.

VOUS DITES «ENFANT» : QU'EST-CE QUE ÇA VOUS FAIT? Cécile Cochart
Pourquoi, périodiquement, s'interroge-t-on sur "l'analyse avec un enfant" comme si, malgré toutes les dénégations, s'imposait le clivage adulte/enfant ou que l'un excluait l'autre ? - Pourquoi certains psychanalystes sont-ils reconnus "psychanalystes d'enfants" au point que toute information sur leur pratique avec des adultes fait effet de surprise ? - Pourquoi ne demande-t-on jamais un collègue s'il reçoit des adultes alors qu'on s'informe bien de qui reçoit des enfants ? - Pourquoi aussi cet étonnement souvent mêlé d'effroi "Vous recevez des enfants ! En privé !" ? Ce qui a entraîné cette autre question : "Mais qu'est-ce que ça nous fait, nous analystes, le signifiant "enfant", comment ça fonctionne, comment s'en débrouille-t-on ?"

ENGAGER UNE CURE AVEC UN ENFANT Monique Delius
Engager une cure psychanalytique avec un enfant, c'est poser que la cure engagée, c'est un analysant que l'analyste recevra. Un analysant, je le définis par sa tache présence quasi ritualisée aux séances, dire tout ce qui lui passe par la tête tel que la règle fondamentale de la libre association le consigne. Dire que c'est l'analysant qui parle, si cela semble aller de soi, ce n'est pourtant pas exactement ce qui s'est passé lorsque cet enfant s'est rendu pour la première fois chez le psychanalyste.

CRIS, CHUCHOTEMENTS ET PAROLES INAUGURALES DANS LES CURES AVEC LES ENFANTS Éric Didier
Il semblerait que les enfants fassent, pour la communauté analytique, des patients bien peu recommandables puisque leur destination est à peu près circonscrite à quelques spécialistes, aux débutants, aux toxicomanes de l'enfance; à d'autres aussi. Il semblerait qu'avec les enfants on se permette volontiers de suivre ses penchants aux dérapages : qu'on se laisse pousser (ou qu'on se pousse tout seul) à faire le père sévère qui d'une interprétation bien sentie va extraire le sujet du chaos; la mère aimante; l'ogre ou tout è la fois…

SUR LA DURÉE DE LA SÉANCE Jean-Paul Dromard
La durée de la séance s'est révélée, dans l'histoire récente de la psychanalyse, objet de divergences et continue de nos jours susciter des débats. C'est en tout cas une question fort complexe et il faut reconnaître que les réponses apportées ici ou là laissent un certain nombre d'interrogations en suspens.

LE COMPLÉMENT DU SYMPTÔME Patrick Salvain
Jardin édénique ou musse des horreurs, l'inconscient est-il un rêve et la psychanalyse une mythologie ? Volontiers le mythologue se prête à le croire, quitte à rêver que tout se corresponde... Ainsi Mircéa Eliade, considérant que le réel parle en tant qu'épiphanie du sacré, a t-il vu dans la psychanalyse un révélateur d'archétypes, un écho du symbolisme, ce dernier étant défini comme système d'unification transfigurateur du monde. Quant à Claude Levi-Strauss, après avoir dès 1949 conçu l'inconscient comme forme vide et structure invariante, il a récemment soutenu que Freud n'a fait que retrouver ce qui était déjà articulé dans les mythes, et qu'il a pensé à la façon des mythes tout en tout en s'égarant sur la fausse piste de la seule signification sexuelle. Mais Levi-Strauss nous rappelle dès lors que la recherche de sens, elle-même équivalente de la pensée mythique, ne serait que présentation improbable d'un même système clos renvoyant à celui de la langue... Point où le jeu ironique se retourne contre l'analyse structurale lorsque celle-ci se révèle porteuse de l'idéal de faire système