La pratique de l'analyse freudienne (Lyon, juin 86)

 

Ce congrès qui s'est tenu à Lyon le 31 mai et le 1er juin 1986 fut un moment important.


Les interventions traduisent un travail intense de conceptualisation qui tentent d'avancer sur un certain nombre de questions comme le refoulement, la sublimation, la terminabilité…


Mais surtout, c'est au cours de ces journées qu'André Rondepierre fit une intervention d'importance. Il s'agit du développement de ce qu'il définissait comme "concept essentiel de la règle fondamentale de l'analyse freudienne" à savoir : l'Einfall - le "ce qui vient"

 

1) La levée du refoulement

NOTIONS DE LEVÉE DU/DES REFOULEMENTS DANS L'ŒUVRE DE FREUD Anne Château
L'expression "levée du refoulement", référée au corpus des textes freudiens, est sans doute utiliser avec circonspection car son usage répétitif tendrait faire croire qu'elle traduit fidèlement un "terme technique" de Freud - je dis "terme technique" pour ne pas m'aventurer dire "concept" - comme celui de "refoulement" ou de "transfert" ou encore de "résistance", dont le contenu de sens peut, certes, varier mais dont le signifiant, au sens de Saussure, traverse, invariant, les textes. Rien de tel pour ce terme "levée du refoulement"…

«LEVÉE DU REFOULEMENT» DANS L'HOMME AUX RATS Yves GAZZERA
Parmi les exposés de cas laissés par Freud la communauté analytique, mon choix s'est porta sur "l'homme aux rats" pour illustrer le propos qui nous réunit ce matin, concernant la levée du refoulement.

LE MOMENT ANALYTIQUE Patrick Salvain
L'analyse : un temps réglé par la libre énonciation, et en conséquence par la mise en jeu de ce qui y fait obstacle; un temps pour déchiffrer à travers ce qui se dit ce qui est à entendre, et donc pour éprouver le pouvoir des mots et celui du silence; un temps où la reconnaissance des pensées de désir passe par la levée de refoulement, à la fois cessation, traversée et dépassement, ou encore selon Freud révision du processus en question. Que l'inconscient ait droit de dire suppose donc de ne pas reconduire ici la malédiction de la sexualité, le déni de la mort et le refoulement dont s'édifient de monumentales formations sociales. Mais délier ainsi le désir de la faute originelle comme du jugement dernier, est-ce contribuer à un ensauvagement de la pensée ? Et lier le désir à ce qui structure une histoire dont le sujet est effet avant que d'être agent, est-ce mener une expédition de colonisation de l'inconscient ? Autrement dit, quelle est la dynamique de la levée de refoulement et en quoi porte-t-elle à conséquence en permettant que change le rapport du sujet à l'inconscient ?

LA PLACE DE LA LEVÉE DU REFOULEMENT DANS LE SÉMINAIRE DE LACAN Robert Grimberg
Une difficulté singulière se présente à qui souhaite retracer dans l'enseignement de Lacan les avatars d'une notion comme celle de levée du refoulement qui, pour être spécifique de l'orientation donnée par Freud à la cure, n'en n'a pas moins été chez lui l'objet d'une constante réévaluation.


LE RÔLE DES AFFECTS DANS LA LEVÉE DU REFOULEMENT LA PASSE Sylvie Sesé-Léger

L'association des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne fait fonctionner la passe depuis trois ans. Notre association a modifié quelque peu le dispositif qui fut en vigueur l'École Freudienne de Paris. Cependant, la finalité demeure la même permettre une élaboration concernant la psychanalyse didactique, c'est-à-dire, produire la théorie de l'être du devenir analyste

LA GUERRE DU FEU MALAISE DANS LA SIGNIFICATION Robert Lévy
On ne tire pas impunément la sonnette de l'universel sans qu'un morceau du cordon vous reste dans les mains. Ainsi, Freud n'aura pas de point d'arrêt dans la justification de l'étiologie sexuelle de la névrose et c'est dans Malaise dans la civilisation, ouvrage dans lequel il tente de résumer sa réflexion de plus de trente années, qu'il montre la soumission de l'homme civilisé à la névrose par le poids de sa préhistoire

REFOULEMENT ET MÉTONYMIE Jean Princé
Bien qu'il soit clairement et explicitement déclaré que Lacan fût freudien, et bien d'autres, il ne me parait pas dénué d'intérêt de remarquer que le refoulement est considéré par Freud comme la source essentielle de constitution de l'inconscient, alors que Lacan en fait le mécanisme spécifique du processus névrotique, fondant pour sa part l'existence de l'inconscient non pas sur le processus du refoulement mais du fait qu'il fonctionne, comme un langage, partir du signifian

LA SUBLIMATION : EMPLÂTRE OU SINAPISME ? Stoïan Stoïanoff
Chacun se souvient que parmi les avatars de la pulsion il est une voie en court-circuit qui évite la voie du refoulement et que Freud nomme la SUBLIMATION. A ce titre la sublimation peut être considérée comme un point de départ, le refoulement intervenant quand la voie de la sublimation est impraticable, ou au contraire comme un point d'aboutissement, d'issue, par delà des difficultés propres au refoulement.

L'OUBLI DU NOM Agnès Villadary
Oubli du nom, perte du nom, affinité du Nom Propre avec la Lettre renvoyant au trait unaire et à l'écriture, levée du refoulement, autant de points soulevés par cet exemple tiré du texte de Lewis Carroll " De l'autre côté du miroir", texte que nous pourrions prendre comme référence littéraire pour introduire à cette question des rapports entre l'oubli du Nom Propre et la problématique du refoulement, question abordée par Freud dès 1898, présentée en 1911 dans les premiers chapitres de Psychopathologie de la vie quotidienne et reprise par J. Lacan dans plusieurs de ses séminaires.

 

2) structure de la pratique

CONCEPT ESSENTIEL DE LA RÈGLE FONDAMENTALE DE L'ANALYSE FREUDIENNE : L'EINFALL - LE «CE QUI VIENT» André Rondepierre
Cette question a fait l'objet d'une communication aux Journées d'Étude des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne, Lyon, le 31 Mai et 1er Juin 1986. Cela explique sa composition : La première partie est en forme de bref écrit destiné aux participants de ces journées, c'est un simple énoncé des points qui devaient être développés oralement puis soumis au débat. La seconde est la transcription de ce développement; les notes en bas de page sont constituées des références bibliographiques, des précisions et des réponses données au cours du débat. Bien qu'elle complique sans doute une lecture non prévenue des articulations entre les enseignements de Freud et de Lacan, j'ai préféré conserver cette forme dans laquelle la seconde partie tente d'expliciter ce que la première met en perspective

L'APPAREIL PSYCHIQUE FREUDIEN ET LA «LOGIQUE DU DIALOGUE» Pierre Lavalle
Le 21.2.62, Lacan, dans son séminaire sur l'Identification, posait la "question du sujet" en ces termes : "Qui est-ce qui parle et à qui ?" C'est pour y répondre, disait-il, que "nous faisons de la logique" ajoutant "je n'y peux rien : il ne s'agit pas de savoir si ça me plaît ou si ça me déplaît. Ça ne me déplaît pas, ça peut ne pas plaire à d'autres, mais ce qui est certain, c'est que c'est inévitable". J'ignore quel poids ces paroles ont aujourd'hui. Lacan n'est plus, ni pour nous aiguillonner, ni pour balayer d'un mot nos tentatives. Mais sans ses propos, jamais je ne vous aurais harcelés avec l'inévitable.

QUE DÉSIGNENT DANS LA CURE «AMOUR» ET «TRANSFERT», CONCEPTUALISES PAR FREUD SOUS LE NOM COMMUN D'AMOUR DE TRANSFERT»? Nicolle Kress-Rosen
Dès les premiers textes où Freud définit le transfert, il insiste essentiellement sur les points suivants, qu'il reprendra régulièrement : 1) Il s'agit d'une répétition, ce qui sera le plus souvent précise par lui comme une mise en actes, 2) cette répétition est celle d'un passé oublié, constitué par l'ensemble des expériences de la sexualité infantile et du rapport aux premiers objets d'amour, 3) enfin elle joue deux rôles opposés dans la cure : elle en est un moteur la fois nécessaire et inévitable et en même temps elle apparaît comme une résistance. De là, Freud tire toujours les mêmes conséquences sous forme de conseils : il convient de ménager le transfert, parce que sans lui pas d'analyse possible, mais aussi de ne pas y répondre, c'est-à-dire de ne pas se situer à la place de l'interlocuteur qu'il suppose et de le réduire progressivement, dans le but de le "liquider".

EN CONTREPOINT : LA NOTION D'ANALYSE RÉCIPROQUE CHEZ FERENCZI Diane Chauvelot
Alors que nous voilà tous en train de tenter de désigner et de préciser ce qu'est la pratique freudienne, de dire : "la pratique freudienne, c'est ça", je voudrais en forme de flash vous apporter un contre-exemple à résumer d'un : "la pratique freudienne, c'est pas ça".

FONCTION DE LA PAROLE : LE GRAPHE, LA POSITION DE L'ANALYSTE ET L'EXPÉRIENCE DE LA PASSE Claude Conté
La cure analytique est de part en part prise dans le rapport la parole. Un moment s'en isole comme celui de la passe franchissement, moment de bascule qui fait permuter deux fonctions de langage. La passe ne peut être reconnue et décrite que si l'on se place un certain niveau d'élaboration des éléments mis en jeu dans l'analyse. Je me propose de montrer quels éléments de la découverte freudienne, incluant la deuxième topique, reprise dans l'enseignement de Lacan, en viennent permettre la construction du graphe. ( cf. Écrits p. 817)

LE PERVERS ET LA CURE : à propos de la «Colonie pénitentiaire» de KAFKA M. Klein - Y. Crombez
Il était une fois, si nous en étions au conte de fées, mais il s'agit là d'un compte de faits, qui, s'il laisse d'abord sans voix, ne laisse pas de nous interroger. Une mauvaise fée semblait s'être penchée sur les nourrissons de cette famille des environs de Nancy, qui décédaient de mort subite malgré les soins de la médecine sous forme de monitoring intensif.

HÉTÉROGÈNE ET IRRÉDUCTIBLE Christian Oddoux
Reportez-vous ne serait-ce qu'un instant (1) aux blasons du corps féminin qui firent querelle au "Beau tétin" pour en chercher L/a femme, sachant quand même que les blasons donnent lieu une technique particulière dite "Mise en Abyme" comme percée intérieure, dite profondeur, infinitude, au beau milieu du Nom.

PRATIQUE ET PRAXIS Bernard W. Sigg
Trente ans après le texte de Jacques Lacan, il nous est proposé de "faire le point de la situation de la psychanalyse"; mais cette fois on y ajoute le titre de "Pratique de l'analyse freudienne", ce qui est suffisamment vague pour en recouvrir et la pratique de cure et la pratique théorique. Or, il y a précisément un siècle, Freud exposait son premier travail psychologique : "Observation d'un cas grave d'hémianesthésie chez un homme hystérique". Il s'agissait d'une présentation publique et pratique au cours de laquelle il semble n'avoir adressé la parole au patient que pour lui "ordonner" de marcher! Certes, c'était là une pratique préfreudienne, encore typiquement médicale; si l'on veut toutefois bien établir la distinction, il faut prendre en compte la particularité du cadre lui-même

 

3) terminabilité de la pratique

BORDS-NÉS : POUR UNE CLINIQUE DES FINS Serge Vallon
La fin réussie d'une analyse déçoit. Elle apparaît comme banale, précocement inattendue ou excessivement différée. Le savoir en tombe - comme le notait Jacques Nassif : pas de critères de la fin - ou s'émiette en brins insipides des métonymies transférentielles. La fin manquée serait-elle fréquente, si on en croit les collègues, même si le parcours a pu être mobilisateur et relativement fécond en perlaborations intratransférentielles ?

TROIS REGISTRES DU TERMINABLE EN PSYCHANALYSE Claude Dumézil
Traiter de la terminabilité de la pratique suppose la prise en compte de trois registres : I) - celui de la singularité, qui est la fin d'une psychanalyse en particulier où se discute, en son impropriété, le terme de "guérison". II) - celui de la généralité, soit la finitude du processus lui-même. Ce qui conduit à un regard d'ensemble sur la pratique et ses opérateurs : le patient, l'analyste, la parole et le langage, insérés dans le dispositif freudien. III) - celui de la situation de la psychanalyse, en un lieu, en un temps, soit ce que j'appellerai la "niche écologique" de la pratique freudienne.

LE COMMENCEMENT DE LA FIN Parlons du terminable en analyse. Françoise Wilder
Dire qu'il y a un commencement de la fin (1) revient à envisager que quelque chose viendrait représenter, indiquer une fin là où elle ne s'est pas encore produite, ou viendrait, par rencontre, contribuer à son effectuation. L'idée de l'au-delà serait l'idée même de l'interminable. Je vous propose, suivant l'argument de J. Nassif, de débattre de ce à quoi une analyse freudienne peut mettre fin (je dis "peut" et pas "doit", laissant la question du cas où elle ne le pourrait pas : manquerait-elle, pour autant, d'être une analyse freudienne ?)

FIN DE LA TRANSMISSION Jacques Nassif
Lorsqu'une analyse peut se terminer, à supposer déjà qu'elle se soit déroulée sans trop de casse, c'est en cela même un succès, ai-je souvent entendu dire, ce qui viendrait confirmer la remarque de K. Kraus concernant la psychanalyse assimilée "une maladie qui se prend pour son propre remède", rien ne permettant d'indiquer à quelle dose, jamais seulement homéopathique, il serait vraiment raisonnable de l'administrer

NOTULES SUR L'ATERMINABLE Philippe Garnier
Pour autant qu'une analyse ait commencé, peut-elle se terminer ? Je ne ferai que rappeler quelques questions, en soulignant toutefois que l'objet de la psychanalyse, ce n'est pas le signifiant, le transfert, ...mais l'objet "a". Et c'est en fonction de celui-ci qu'on peut interroger le praticable (je rappelle aussi le sens que L. Irigaray a donné à ce mot : “un praticable qui déroute, déconcerte, désassure la scène de la représentation” ).


D'UN AUTRE A L'AUTRE La passe du réel ou le passage infini Nicole Pépin

S. Freud et J. Lacan, pendant longtemps encore, seront des Autres pour les Autres. Au-delà de leurs apports, J. Lacan a introduit une différence fondamentale : la découverte du Réel La notion du Réel comme l'un des constituants de l'Inconscient. Toute l'œuvre de S. Freud nous confirme que dans ses découvertes le réel n'est que sous-jacent, non encore isolé, reconnu. J. Lacan a hésité avant d'avancer ce terme et de le situer. Il a longtemps utiliser réel la place de réalité ou de vérité.