Clinique des passions (2) (Paris, nov 87)

 

 

 

 

Ces journées qui se sont déroulées à Paris les 28 et 29 novembre 1987 abordent un thème qui peut être, à certains égards, considéré comme occupant une place centrale en psychanalyse.

Ici vous trouverez la deuxième partie des interventions.

 

1) passion en analyse

PASSIONS DE L'ESCLAVAGE : TRANSMISSION IMPOSSIBLE Robert Lévy
…deux cas nous conduisent au seuil de ce que l'on qualifierait de perversion : mais s'agirait-il d'un élément structural chez les patients cités ? Ou quelque chose du dispositif même de l'analyse serait-il enclin à une possible déviation ? Question difficile puisque toute demande d'analyse pose en soi la dépendance au propre désir qui la soutient, mais aussi la mise en jeu réciproque du désir de l'analyste

FLASH-INFO : LES FEMMES PORTEUSES DE LA PSYCHANALYSE Catherine Muller
Elles bouleversent les thérapeutes et troublent les ménages, celles que j'ai appelées les femmes porteuses de la psychanalyse : Bertha Pappenheim entre Freud et Jung, Emma Eckstein entre Fliess et Freud, Sabina Spielrein entre Jung et Freud. Une matinée ne suffirait pas à épuiser ces histoires qui constituent ce que nous pourrions appeler notre patrimoine héréditaire. Je désire tracer quelques grandes lignes de ces rencontres qui ont en commun de se rejoindre à l'infini, au point de fuite, terme que j'emprunte à la géométrie, et particulièrement propre à figurer, ce dont il s'agit ici

SABINA SPIELREIN, DE QUEL AMOUR BLESSÉE...? Nicolle Kress-Rosen
Lorsqu'on aborde le thème de la passion par la voie de l'analyse, on se trouve confronté à plusieurs questions nouées entre elles, qui toutes font apparaître des difficultés, peut-être même des impasses, de la théorie analytique elle-même. Le premier point concerne la théorie du transfert et peut se formuler ainsi : quel destin l'amour de transfert, lorsqu'il prend une forme passionnelle, peut-il avoir dans une cure, si l'on distingue bien, comme il paraît nécessaire, ce qui alors est nommé amour de ce qu'il est convenu d'appeler le désir ?

PASSION, ORIGINE, L'OMBRE D'UN DOUTE Claude Dumézil
Presque toujours, la naissance, par l'Etat Civil, le lignage ou la race, a servi de repère partiel, partial, pour reconnaître et façonner l'identité des individus. "On trouve les pommes sous les pommiers", disent ceux qui campent volontiers sur les certitudes minérales d'un roc, ici, végétal. Je vous rapporterai tout à l'heure des histoires d'animaux qui contredisent ces certitudes.

 

2) Métapsychologie des passions

A L'ORÉE DE LA PRATIQUE ANALYTIQUE : CONSTITUTION D'UNE IGNORANCE Sylvia Heller
Si la fonction princeps du moi est la méconnaissance, le sujet se dessine en contrepoint d'être le lieu d'une parole trompeuse, mais, comme telle, dans un rapport étroit à la vérité. C'est le propre du champ de l'analyse freudienne de supposer que le discours du sujet se développe dans l'erreur (comme voie habituelle de la vérité), la méconnaissance (comme effet de la prise du sujet dans le leurre) et la dénégation (comme forme essentielle de cette méconnaissance dans le discours).

L'IGNORANCE COMME PASSION ET LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE Henri DEBRAY
Nous nous sommes demandés, en cartel, comment entendre ce que Lacan introduit avec "l'ignorance comme passion". Comment l'entendre, comment ça se présente, comment Lacan le présente, dans quel contexte il l'introduit.

DE LA PREMIÈRE A LA DEUXIÈME TOPIQUE DE FREUD : LA PASSION DE L'AUTRE SERAIT-ELLE IMPENSABLE CHEZ FREUD ? OU « QUAND LA BORNE EST FRANCHIE, IL N'EST PLUS DE LIMITES » Claude Conté
Mon présent propos va comporter trois moments : le premier traversant les Trois Essais sur la vie sexuelle de Freud, le deuxième commentant l'article de 1916 sur "Pulsions et avatars de pulsion", le troisième appuyé sur le lien qui se révèle à Freud entre le narcissisme et l'automatisme de répétition.

« HITLER : ÉLÉMENTS DU MONTAGE MÉTAPSYCHOLOGIQUE D'UNE PASSION » : exposé avec commentaires du livre de Rudolph Binion, Hitler Among the Germans (New York : Elsevier, 1976 ; réédité : Dekaib, Illinois Northern Illinois University Press, 1984). Sean Wilder
Hitler ne fut pas toujours antisémite. Le recoupement de ses écrits avec les nombreux témoignages de personnes qui l'ont connu montre clairement que son antisémitisme en paroles et en actes date de la fin 1918, précisément de son séjour dans un hôpital militaire entre le 21 octobre et le 19 novembre 191

 

3) traitement des passions

L'AMI FLIESS Pierre Eyguesier
Un ami, qui n'est pas un "ami Fliess", m'a conseillé d'y aller avec des gros sabots, pour ne pas alimenter les malentendus qui ont surgi lors de ma précédente intervention, aux journées de juin. J'avais alors tenté d'apporter, sous forme d'une avalanche d'hypothèses et de thèses, les éléments d'une critique raisonnée de la psychopharmacologie moderne, critique qui me tient à coeur car elle devrait permettre de ressaisir des enjeux présents à la naissance de la psychanalyse, et de relever cette sorte de défi pour l'éthique que constitue la mise en oeuvre universalisante d'une technique de soins qui, si son efficacité n'est plus a démontrer, peut néanmoins avoir pour conséquence de biffer ou répercuter à l'infini le conflit d'un sujet.

L'ANALYSE SINGULIÈRE Patrick Salvain
Si donner suite à la psychanalyse implique une réinvention, celle-ci ne peut pourtant se réduire à l'extension d'une systématisation ou se diluer dans l'éclectisme des opinions. Mais, sous cette condition, que devient le repérage de structure et en quoi l'élaboration porte-t-elle conséquence quelque vérité ? Et si l'analyse n'est pas simple mise en scène curative du transfert, adjuvant d'un traitement médical sinon illusion consolatrice, quelle exigence renvoie-t-elle par rapport aux discours dont les déplacements tiennent de l'inconscient ? Bref, qu'est-ce qui singularise l'analytique comme tel, différent d'une stricte science appliquée aussi bien que d'une esthétique qui enjoliverait l'existence ?

ELECTRE Geneviève Granier de Cassagnac
Je vais commencer par vous parler de l'Electre qui a fait l'objet de polémiques dans la psychanalyse à ses débuts. Nous comprenons le souci de Freud quand il refuse (c'est le terme qu'il emploie en 1931) : "j'ai le droit de refuser" (6) de qualifier ce qu'il appelle le complexe d'oedipe féminin, de complexe d'Electre, après avoir dans un premier temps douté de l'avantage qu'il y aurait à utiliser ce terme, en 1920 (5). L'Oedipe du mythe a tué son père et épousé sa mère, ce n'est effectivement pas l'inverse qu'a fait Electre, nous le verrons

PASSIONS DE L'ANALYSTE (LES MOMENTS DE FRANCHISSEMENT: LE BEAU, LE BIEN, LA HONTE) Stoïan Stoïanoff
Là où il y a passion là naît l'analyste. Ce qui manque peut-être bien le plus aujourd'hui, ici, c'est précisément la passion, la passion en acte. Passion en acte et non pas passion en un acte, en deux actes, voire en cinq actes. La passion en direct en quelque sorte par opposition à la passion jouée, à la passion imaginaire, à la passion absente présentifiée. C'est qu'il y a tout à craindre de la passion déchaînée, de cette passion qu'il n'est plus possible de contenir sur l'autre scène, celle du fantasme, et qui déborde par conséquent sur le réel. Passions d'une vie, qu'on peut tenter de raconter comme la vie, la votre, la mienne. Passion qu'on tente évidemment de réduire de toutes les façons, à la pulsion, à l'affect, au retour du refoulé, et qui reste pourtant irrémédiablement liée au signifiant.

 

4) passion et institution

LA GLOÏRE Serge Granier de Cassagnac
Je vous propose d'aborder la question de l'institution à partir de Boris Vian, plus particulièrement de l'Arrache-coeur ; c'est là ce qui m'est venu en travaillant sur les questions éthiques en psychanalyse ; également en m'interrogeant sur la place du champ analytique dans le champ social.

UNE CASE DE VIDE - DU RAPPORT A LA THÉORIE EN PSYCHANALYSE Monique Besse
La théorisation apparaît donc comme une activité à part, qui conviendrait mieux à certains tempéraments, théoriciens ou intellectuels, vis-à-vis desquels pointe souvent, sous l'admiration, le soupçon que leur ramage n'indique rien qui vaille quant leurs talents de praticiens. Clivage théorie clinique mille fois dénoncé, qui renaît sans cesse de ses cendres et qui pose le problème du statut de la cure comme "psychanalyse appliquée". J'y reviendrai.

BILLET DE PROVINCE : FAUT-IL UNE INSTITUTION ? Dominique Poissonnier
Je voudrais d'abord souligner une analogie structurale entre le nœud borroméen et le cartel, concernant la fonction du plus-un. Dans le nœud borroméen à (n + I) ronds de ficelle, le (+ I) que l'on peut en particulier épingler du Sinthome, c'est celui qui assure le nouage borroméen : à partir de n ronds de ficelle simplement superposés, la fonction du plus-un permet que la section de l'un quelconque dénoue complètement le nœud borroméen. C'est le fonctionnement de ce plus-un qui structure l'ensemble de ces (n + I) ronds de ficelle. Dans un cartel, le nombre des membres étant limité aux six premiers de la série des entiers naturels, on retrouve la fonction du plus-un de la logique du signifiant que Lacan articulait précisément avec le plus-un de l'axiomatique de Péano. Or ce plus-un du cartel, à la fois, - peut s'isoler logiquement à partir de l'un quelconque des n participants, - mais pourtant sa fonction ne peut pas être assurée par n'importe qui. C'est ce fonctionnement du plus-un qui structure l'ensemble des (n + I) membres du cartel.

A LA FOLIE, PAS DU TOUT Sylvie SESÉ-LÉGER
Lorsqu'on se plonge dans la littérature analytique consacrée aux problèmes de l'analyse didactique, de la formation du psychanalyste, ceux de la transmission et de la passe, problèmes souvent confondus, rarement articulés, on perçoit les débats institutionnels, dans le registre feutré ou dans le registre passionné. Mais ce qui s'entend magistralement, ce sont les malentendus, les contresens, les quiproquos et surtout une résistance des psychanalystes à dire la psychanalyse.


NOUS PASSIONS Jacques Benroubi

On sait que la vérité entretient avec la religion une union étroite, consacrée par les institutions gardiennes du dogme. Je commencerai par évoquer une récente émission télévisée de la série « Océaniques », où débattaient deux philosophes, Steiner et Boutang. Steiner venait d’écrire un livre sur le mythe d’Antigone, l’autre aurait souhaité que le maréchal Pétain fût enterré auprès de ses soldats ; c’était suffisant pour amorcer le débat.