Psychanalyse, inceste et cruauté. (enseignement collectif, Paris, Tours, Lille, Toulouse, sept 92 à avril 93)

 

 

 

Ces enseignements collectifs ont débuté à l'Institut de théologie protestante à Paris le Samedi 26 septembre 1992 et se sont poursuivis jusqu'en avril 1993 faisant halte dans plusieurs villes. Voici en quels termes il fut lancé :

L’inceste, terme que nous avons accolé à celui de psychanalyse et à celui de cruauté. Un collègue m’a dit : « l’inceste, vous êtes contre, n’est-ce pas ? ». Bien sûr, il est difficile d’être pour, sans faire scandale. Le seul scandale qui tienne le coup serait celui-là (Un badge aux États-Unis : Incest, a game the whole family can play…).
L’étymologie nous renvoie au pur, au sacré. Castus : la caste. Sortir de la caste, ou y rester. Ethnologie : deux sociétés pratiquant l’inceste : l’ancienne Égypte et la famille royale d’Hawaii — c’est l’exception qui confirme la règle. Les ethnologues ne rencontrent pas l’interdit de l’inceste, mais s’intéressent à la mésalliance ; aux différents degrés de mésalliance, en rapport avec l’institution universelle du mariage.
Le mot inceste n’est pas un concept de la psychanalyse. Freud en parle sans le monter en épingle, en l’associant au meurtre et à l’anthropophagie, pour parler du non-humain. C’est le concept de castration qui vient en lieu et place, comme limite qui fonde l’instance de la nomination. Pourtant, l’intuition commune attribue à la psychanalyse une tendance à étendre le champ d’application du concept, à étendre l’interdit de l’inceste aux choses les plus innocentes : la psychanalyse aurait-elle réinventé l’inceste pour se justifier d’exister (en refourguant du tabou) ?
Dans la psychanalyse d’enfants, il y a des gens qui parlent haut et fort contre. Serait-ce parce que l’inconscient ne connaît pas l’inceste ? Ou parce qu’il ne connaît que ça ? On voit que la question se corse.

Après-midi d'enseignements collectifs Samedi 26 septembre 1992 Jacques Nassif : Présentation du thème
Le mot inceste n’est pas un concept de la psychanalyse. Freud en parle sans le monter en épingle, en l’associant au meurtre et à l’anthropophagie, pour parler du non-humain. C’est le concept de castration qui vient en lieu et place, comme limite qui fonde l’instance de la nomination. Pourtant, l’intuition commune attribue à la psychanalyse une tendance à étendre le champ d’application du concept, à étendre l’interdit de l’inceste aux choses les plus innocentes : la psychanalyse aurait-elle réinventé l’inceste pour se justifier d’exister (en refourguant du tabou) ?

Compte rendu APRÈS-MIDI D'ENSEIGNEMENTS COLLECTIFS Tours Le 27 octobre 1992
Didier Grimault fait une présentation du programme de l'après-midi. Puis Jacques Nassif prend la parole: Je remercie nos amis de Tours de nous accueillir, je remercie aussi les participants non membres des Cartels: ils sont les bienvenus. Notre travail se veut en effet collectif; nous cherchons à faire jouer la discussion, le débat est en cours... J'avais lancé cet enseignement à Paris, il y a un mois, en proposant une articulation entre une clinique de l'inceste, et ce quasi-inceste de la situation analytique, pour faire en sorte que l'amour en cause sur ces deux scènes (Freud écrivait à Jung que l'inconscient que désire rien d'autre que l'inceste) puisse être « analyse »... Allons-y...

PSYCHANALYSE INCESTE et CRUAUTÉ Après-midi d'enseignements collectifs - Lille, le 12/12/92
Maryse Defrance remercie les avocats qui nous laissent leur maison. Leur geste n'est pas sans relation avec ce qui réunit les participants: Les psychanalystes n'ont pas de maison; il n'y a pas de maison des psychanalystes; pas d'écriture là-dessus. Comme il n'y a pas d'écriture de l'inceste... » Daniel Delot donne les indications pratiques concernant le déroulement de l'après-midi. Quatre séries de deux exposés seront suivis de débats.

INCESTE PSYCHANALYSE CRUAUTÉ Introduction de J NASSIF à la séance du 6 Février 93
…il est amplement temps de remonter en amont, de revenir à la source de ces incestes plus ou moins objectivés par les discours que j'ai cités, pour entrer dans la subjectivité de celui ou celle qui vivrait un inceste, voire qui vivrait dans l'inceste. Il suffirait pour cela, j'en suis persuadé, d'entr'ouvrir la porte de nos cabinets. On s'apercevrait alors à quel point l'inceste est le pain quotidien de la subjectivité désirante, pour peu qu'elle laisse l'enchaînement des pensées se dérouler dans l'objectivité impeccable que lui offre le praticable d'un psychanalyste.

INCESTE-PSYCHANALYSE-CRUAUTE (JOURNÉE DU 3 AVRIL 1993 À TOULOUSE) Dominique Poisonnier
Nul n'a accès au Réel si ce n'est par le Symbolique, c'est-à-dire la parole, mais l'écriture fait trace du Réel, (et trace dans le Réel ?). Lacan en dit "Elle remplit la rainure du Réel", alors que la parole ne fait que parcourir cette rainure. L'écriture, comme marque de la symbolisation du Réel, en porte trace. C'est la même visée, de l'algèbre lacanienne, de la topologie, de la schématisation (et non pas modélisation), des mathèmes, ou des formules quantiques; une écriture qui approche au plus près du Réel, en cherchant à l'épurer au maximum de sa charge de sens et d'Imaginaire. A partir de cette écriture, il est possible de parler, bien sûr, aussi bien de l'appliquer ou d'y coller de l'imaginaire, mais surtout il est possible de la faire fonctionner.

ET APRÈS, RELECTURE : J. Sibeud.
Je viens de relire «Et après» du mois de Janvier, celui de Février et, je me dis que par rapport au thème de l'enseignement collectif: psychanalyse inceste et cruauté, il y a un glissement fréquent. Les psychanalystes se trouvent immédiatement convoqués du coté de l'œdipe. Or, si on veut articuler quelque chose d'un peu cohérent, ce n'est pas en interrogeant l'acte toujours sous le même angle, que nous ferons avancer notre réflexion.