Croyance, loi, transfert. (enseignement collectif, Paris, oct 93 à juin 94)

Cet enseignement collectif débuta le 2 octobre 1993 à Paris et se poursuivit jusqu'en juin 1994. Voici comment il fut introduit par Jacques Nassif :

«Je vais mettre en exergue à ce petit exposé de cet après-midi, la maxime 25 de "l'Homme de Cour" de Baltasar GRACIAN, qui est un auteur dont vous pourrez pressentir que LACAN le connaissait bien. Ça s'intitule : "Être bon entendeur".
"Savoir discourir, c'était autrefois la science des sciences. Aujourd'hui, cela ne suffit pas, il faut deviner, et surtout en matière de se désabuser. Qui n'est pas bon entendeur, ne peut pas être bien entendu. Il a des espions du cœur et des intentions. Les vérités qui nous importent davantage, ne sont jamais dites qu'à demi. Que l'homme d'esprit en prenne tout le sens, serrant la bride à la crédulité dans ce qui paraît avantageux, et la lâchant à la créance de ce qui est odieux."
Voilà, je pense, tout un programme!!...
Les mots importants de cette recherche y sont, à mon sens: - la créance - la crédulité se désabuser - le demi -.
La moitié, qui est, vous verrez, je pense, l'axe principal de ce travail sur la croyance.
Je voudrais en introduction, commencer par remercier Thierry PERLES d'avoir donné un écho à mon petit texte. Et, effectivement, dire que c'est tout à fait ce qu'il souhaite, que nous nous rendions capables de mettre une affaire en chantier tous ensemble, c'est un peu l'ambition, elle est importante.
Cette affaire, que j'ai donc choisie de mettre en chantier, est-elle si tant que cela au goût du jour, comme il en fait un petit peu le procès? Je n'en suis pas plus persuadé que ça. En tous les cas, ce dont je suis sûr, c'est que c'est très précisément ce qu'il dit, que les signifiants circulent entre nous et s'alourdissent d'une complexité, que ça ne soit pas trop simpliste ce qu'on s'attribue les uns, les autres, et vraiment faire en sorte qu'on ait le sentiment d'avoir perdu notre rôle. C'est très beau ce qu'il dit: "pour savoir d'un savoir sûr que nous sommes partis à la découverte de ce qui n'a jamais figuré sur aucune carte". Je trouve cette façon de s'exprimer tout à fait intéressante et même prenante.»

- CROYANCE - LOI - TRANSFERT - PARIS le 2 Octobre 1993. Jacques Nassif
Bien sûr, ce n'est pas à moi donc, qu'on pourrait faire le procès de voir introduire une troisième topique ou, que sais-je, de cet ordre. Je suis tout à fait d'accord avec ce rappel salutaire suivant lequel, le transfert - troisième terme du titre - ne se conçoit que dans le champ d'une théorie de la représentation, au sens où l'entendait FREUD. Mais tout le problème de la représentation est précisément, et ça, c'est tout à fait freudien, qu'elle reste une condition de la perception elle-même. Or, toute perception vise à la reconnaissance, c'est-à-dire vise à éviter la perception. Si on se contente de reconnaître quelque chose, on n'a pas besoin vraiment de faire fonctionner la perception. La perception ne fonctionne vraiment qu'à partir du moment où elle ne reconnaît pas l'objet, c'est-à-dire, peut-être dans la peinture, là on est obligé de percevoir. On peut dire que percevoir, c'est percevoir du nouveau, qui n'est pas encore reconnu.

Croyance - Loi - Transfert Jacques Nassif PARIS le 6 Novembre 1993.
Parce que l'enfant est dans la croyance, en tous les cas vis à vis de ses parents, il ne remet pas en cause, enfant qu'il est, la loi qu'exercent ses parents. Mais vis à vis de ses autres à lui, que sont ses frères et sœurs, est-ce que cet enfant n'a pas à rencontrer quelque chose qui serait la loi? On peut même dire que cette loi est antérieure aux questions qu'il se pose concernant l'origine des enfants puisque, FREUD le dit expressément, l'agressivité qu'il ressent vis à vis de son frère ou de sa sœur, puînés, est réprimée et l'incite à se poser des questions. Il ne se poserait pas' naturellement des questions si l'éventualité de se voir détrôné de la place qu'il occupe ne l'obligeait pas à se demander: "mais enfin, d'où je viens moi-même?". Il faut croire qu'avant qu'il soit amené à poser la question "mais d'où viennent les enfants? ", il a bien fallu qu'il rencontre l'interdiction de tuer l'intrus.

Croyance - Loi - Transfert PARIS le 5 Février 1994. Jacques Nassf
Je voudrais d'abord vous demander s'il ne serait pas bon que quelques personnes se joignent à moi sous la forme d'un "conseil", puisque je suis "coordonnant" des enseignements dans cette association, pour organiser les prochaines séances. Je peux encore continuer à faire mine d'être le “collectif” à moi tout seul, puisque c'est bien un enseignement qui se dit tel; mais cela ne me plaît pas. Maintenant, grâce à une retranscription, cet enseignement est largement diffusé par le courrier. Mais aussi du fait que ce courrier comporte des textes de plus en plus intéressants, je ne vois pas pourquoi ces réunions ne permettraient pas défaire un va et vient entre l'écrit et la parole, en offrant la possibilité de renvoyer un écho à leur auteur. Ça me paraîtrait tout à fait bien venu. Cela permettrait à des personnes qui ont lancé quelques idées de recueillir des réactions. J'aurais beaucoup souhaité, et c'était même prévu, que certains textes produisent des répliques. J'ai en tout cas explicitement demandé aux personnes du cartel du Centre de venir nous présenter oralement les textes un peu compacts qu'elles ont donnés dans le courrier, histoire qu'ils aient un peu plus de chance de passer et que nous puissions leur poser des questions. Voilà, je souhaiterais à la fin de cette séance que quelques personnes veuillent bien penser à se décider pour constituer avec moi ce qui s'appelle dans nos statuts: un conseil, ce qui permettrait de faire le lien entre le bureau et l'association. Car ce lien sur ce point fait défaut. Encore une fois, je souhaiterais beaucoup être aidé et que le relais soit pris!

Croyance - Loi - Transfert LILLE, le 19 Mars 1994
Jacky Diverchy :…j’aimerais aborder l’objet du séminaire de J. Nassif. Il s’agit pour vous de penser la croyance dans son articulation à la Loi et au Transfert afin, dites-vous, de tenter de penser la transmission de la psychanalyse, plutôt en dépit des réseaux transférentiels que grâce à eux. Vous posez que tout réseau de transfert a pour condition de base une croyance du type de celle de la servitude volontaire de La Boétie. Néanmoins, suffit-il, comme le suggère La Boétie, de déposer l’analyste pour que du transfert, « il n’y ait plus » ; pour, dit-on, « liquider le transfert » ? Vous notez que Freud tient la croyance pour un phénomène qui appartient entièrement au système du Moi (le conscient) et qui n’a pas de contrepartie dans l’inconscient. Le parallèle avec le temps est ici intéressant. Néanmoins, si la croyance appartient au système du conscient, elle va ouvrir au clivage du Moi entre savoir et « foi ». Octave Mannoni note à cet égard que la formule de la croyance est : « Je sais bien, mais quand même… »

Enseignement du 18 juin 1994 Compte rendu de P. Eyguesier d’après la transcription par N. Collin
Il s’agit là du débat qui marque la ponctuation de cet enseignement.

Croyance-Loi-Transfert Voici un bref exposé introductif à la présentation, par un cartel, de son travail le 18 juin après-midi.
L’invitation qui nous fut faite de participer à cet enseignement, est venue dans le temps même où nous étions pris dans une rencontre avec Françoise Davoine, rencontre organisée autour du thème de son livre La folie Wittgenstein. Cet ouvrage dont on ne saurait trop susciter la lecture, tente de rendre compte dans une forme extrêmement attrayante de ce que l’auteur appelle le transfert psychotique et non pas le transfert du psychotique.

Le travail de naître, pas seul au travail de n’être pas, seul André Masson
Un titre m’est venu pour nommer mon intervention : le travail de n’être pas seul. Seul, l’analyste l’est dans l’exercice de sa fonction, quand il doit décider de quoi il s’autorise pour n’être pas. N’être pas là pour lui, c’est-à-dire pour l’expression de sa petite personne, l’enfant qui ne s’est pas fait tout seul, objet de la filiation façonné par le tissu affectif auquel il s’est soumis, sujet de sa dépendance aux représentations auxquelles la vie réelle et langagière l’ont contraint. Et pourtant, c’est aussi cette matière-là qui doit accueillir la chose qui passe dans la relation analytique.

L’adresse passant l’inscription L’inscription pas sans l’adresse. Marie-Claire Bœnisch
« L’endroit est sombre, mal éclairé. Seuls leurs visages se saisissent des quelques rares rayons de lumière que distribue chichement une petite lampe. Il y a là mon ami Paul, dont la présence insiste dans les rêves depuis quelque temps, et quelques autres que je n’identifie pas un par un mais qui doivent appartenir à ce groupe de travail qui me préoccupe actuellement. Ils ont en mains la lettre que je leur ai adressée et en discutent entre eux. Bien qu’étant proche d’eux, je n’entends pas ce qu’ils disent. Je regarde le papier blanc de ma lettre entre leurs mains. Il en sort une lettre, une de ces lettres avec lesquelles on apprend à écrire quand on est enfant, aujourd’hui en plastique, autrefois en bois, les lettres qui font les mots. Elle n’est pas tout à fait dégagée de sa gangue de papier, je suis suspendue à son effort d’extraction. » C’est avec ce rêve que j’ai anticipé notre week-end.

Le transfert d’R au S Guy Ciblac
Il y a quelques jours, alors que nous nous réunissions avec Marie-Claire Bœnisch et André Masson, il m’est venu cette assertion que je vous propose : Wo es spaltung war, soll ich verlöschen. Verlöschen (o, o, i) veut dire s’éteindre, s’effacer, disparaître. Verlöschen veut dire éteindre, effacer, oblitérer.

LE SAINT V.S. Pritchett Traduction de J. Nassif
A dix-sept ans, je perdis ma foi en la religion. Depuis déjà un certain temps, elle avait été chancelante et très subitement elle disparut alors sous l’effet d’un incident arrivé dans un bateau à perche sur le fleuve à la sortie de la ville où nous vivions. Mon oncle, chez lequel j’étais contraint de rester pour de longues périodes de ma vie, avait monté une petite affaire de fabrication de meubles. Il était toujours en difficultés pour l’argent, mais il était persuadé que d’une façon quelconque ce serait Dieu qui l’aiderait. Et ce fut le cas.