Le psychanalyste et la clinique actuelle (Paris, mars 98)

La psychanalyse, à ses débuts, s'est constituée d'une Autre écoute donnée par Freud au discours hystérique. Cette familiarité avec la névrose va peser sur les conceptions freudiennes de l'appareil psychique, au moins jusqu'au cas Schreber. Les écrits techniques de Freud qui continuent à orienter notre pratique ont été aussi inspirés par la psychanalyse des névrosés.
Aujourd'hui parmi les demandes qui s'adressent au psychanalyste, un certain nombre ne semble pas relever des "psychonévroses de défenses", sans pour autant évoquer la psychose. Leur inscription dans le dispositif de la cure ne s'effectue pas sans difficulté. C'est, entre autres, un des enseignement des cartels sur la pratique, lieu où nous évoquons les situations qui nous posent problème. L'interrogation sur l'actualité d'une telle clinique s'est déjà posée lors des journées de Toulouse sur: Le rude aujourd'hui. Il est maintenant envisageable de faire un pas de plus et de nous interroger sur ce qui est requis du côté du psychanalyste pour qu'il demeure analyste alors que la nature de ces demandes particulières ou sociales le poussent vers ta psychothérapie.
On voit donc que se dessine un enjeu fondamental pour l'avenir de la psychanalyse: la spécificité de l'acte analytique par rapport à un actuel qu'il soit clinique ou social.
L'organisation de ces journées des 28 et 29 mars 1998 répondait à notre souci de promouvoir un lien de travail parmi les membres des CCAF qui se situe dans une tentative de théorisation à partir de ce que nous enseignent les cartels sur la pratique.
Textes de : A. Maître , J.P.Dromard, G. Ciblac, A. Beaulieu, T. Perles,
M.C. Bœnisch-Lestrade, Jacques Donnefort-Paoletti, Claude Deutch.
Sont également intervenus, au cours de ces journées, J. Nassif et S. Wilder.

L'insistance du Réel Albert Maître
...En bref l'analyste ne serait-il pas devenu l'homme qui aurait la conviction d'avoir des réponses à des questions qu'on ne lui poserait plus. Les propos de cette journée de juin dernier s'associaient avec ce qui me paraissait insistant dans nos cartels sur la pratique à savoir que nous y parlions surtout de ce qui faisait butée dans notre praxis, étant entendu que cela ne se réduisait pas qu'aux pesanteurs de notre entendement, mais aussi à ce qui pouvait se révéler innommable, c'est à dire les incidences du Réel dans la cure et notre difficulté à le faire ex-sister.

L'enfermement masochiste Jean-Paul Dromard.
Pour aborder la question du masochisme, je vais me référer, d'une part, au roman de Sacher-Masoch: « La vénus à la fourrure » et, d'autre part, au discours d'un analysant chez qui le masochisme constitue le point crucial.

La grève de Lecq Guy Ciblac
Il existe sur la côte nord de l'île de Jersey une petite crique qui se découpe dans les roches brunes, éclatées jusqu'à en devenir gravier. Le lieu est assez isolé, relativement peu fréquenté si ce n'est par quelques passionnés de plongée qui ont tôt fait de disparaître pour laisser un silence que ne perturbe même pas l'inlassable rythme des vagues. Cet endroit répond au nom de grève de Lecq. On y accède, plus ou moins facilement, par une petite route étroite et sinueuse dont les bordures murées sont effrayantes de proximité…

Les tunnels clairs Agnès Beaulieu
Il s'agit d'un rêve de tunnels. De mon côté, il s'est produit comme un arrêt du transfert avec cette patiente qui cherche-à-donner-un-sens à son rêve et, de plus, à y croire. J'aide, depuis longtemps, les patients dans le nécessaire apprentissage de l'interprétation des rêves, sachant qu'en l'absence de librairies achalandées et de curiosité personnelle de nos clients en régions, il me revient de mettre en évidence pour chacun d'eux l'intérêt de la méthode associative sur le vif. Ce n'est pas si facile, mais bien des patients découvrent la manière, apprécient de retrouver les arrière-pensées du rêve présenté morceau par morceau et y prennent goût. Beaucoup savent déjà que le contenu manifeste du rêve prend ses images de manière presqu'automatique dans les pensées de la veille. Pour arriver au contenu latent, l'exercice reste l'apanage des analysants au sens plein.

Jouer avec les mots, jouer avec les morts : L'actuel comme crise de la troisième personne Thierry Perlès
Je pensais partir du rêve, montrer que quelque chose avait changé dans la possibilité qu'on se donne de travailler avec les rêves. Pour deux raisons différentes d'ailleurs. Ou bien à cause d'une espèce de perméabilité du rêve, ce dès sa formation, à la satisfaction de petites jouissances qui ne sont pas, comme telles, analysables, qui constituent plutôt autant de résistances, de pièges pour le processus analytique. Ou bien devant certains rêves qui relèvent bien, quant à eux, de l'énonciation d'un sujet, du fait d'une sorte de pudeur, de gène, de recul devant ce qui s'y trouve en fait évoqué. C'est ce que par exemple ne peut manquer d'inspirer aujourd'hui la lecture de l'analyse que donne Freud du rêve dit de L'injection faite à Irma.

Valeur de parole aujourd'hui. Requête à celui qui naîtra è l'aube du XXIème siècle Marie-Claire Bœnisch
Mon cher enfant, C'est à toi qui auras vingt ans dans la troisième décennie d'un siècle qui est encore dans le futur au moment où je t'écris, que j'éprouve le besoin de m'adresser dans ce temps d'inquiétude où un présent que nous avons du mal à déchiffrer, projette son ombre sur le parcours à venir. Nos angoisses d'aujourd'hui t'apparaîtront peut-être infondées, ou au contraire prémonitoires, liées à la peur ancestrale de l'avenir, ou bien à une sagesse naturelle de la prévision. Quelle que soit la lecture que tu feras de cette lettre, je te demande d'en saisir l'intention première: un souci démesuré de ce qu'il adviendra de toi, tout particulièrement au royaume de la langue.

Y a-t-il du "psy" dans la salle? Jacques Donnefort-Paoletti.
C'est une question, avec un semblant d'effroi. Mais puisque j'affectionne les vœux, les Wunschen, en voici un: pourvu qu'ici il n'y en ait pas trop, du psy!. Ce qui est vraisemblable, malgré l'actuelle inflation que dénonçait il y a peu Christian Simatos en ces termes: "Le "psy" est indéfinissable. C'est pourquoi je vous demande de reconnaître ce qui est véritablement l'ordre nouveau, l'ordre "psy", structuré sur le modèle du moi, évidemment. C'est la raison pour laquelle il suscite en nous le narcissisme de la petite différence. C'est aussi la raison de son formidable succès. Par exemple, "psy" accompagne les pompiers lors des catastrophes, "psy" est là partout où ça risque de faire mal, où le moi risque d'être en dérive, à l'hôpital, en prison, à la commission d'éthique, et même à la clinique vétérinaire, paraît-il. Tout cela serait d'un dérisoire impardonnable, si vous le preniez comme une satire destinée à nous hausser, nous les analystes. Eh fait, je nous compte sans ambiguïté parmi les assujettis à l'ordre "psy". Il ne faut pas renvoyer à d'autres le soin d'y répondre."

Unir et séparer Claude Deutsch
La question à soutenir c'est qu'est-ce que l'Advocacy a à voir avec la psychanalyse, ou plus exactement qu'est-ce que la pratique (au sens de praxis: pratique sociale et non au sens de pratique professionnelle) au sein de l'association d'Advocacy France a à voir avec la psychanalyse. Ce n'est pas une pratique d'analyste - l'association Advocacy France a pour but de soutenir la parole de ceux qui en raison de leur souffrance psychique et/ou de leur statut au sein des dispositifs d'assistance ont le sentiment d'être victime de discrimination, d'exclusion, de mesures privatives de liberté individuelle, de non-reconnaissance de leur dignité d'homme. Participer au mouvement provoqué par Advocacy France n'est pas un acte professionnel, c'est un acte de solidarité, un acte inscrit dans la cité, dans le réel des jeux sociaux.