Le rêve gardien de la psychanalyse (Paris, juin 2000)

L'intitulé de cette journée d'étude des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne nous y invitant, prolongeons le d'une question : de quel sommeil le rêve tire-t-il le psychanalyste?
Peut-être celui de croire que depuis l'époque inaugurale de la Traumdeutung les psychanalystes seraient mieux "formés" à la conduite des cures du fait de l'accumulation de l'expérience et du développement de la théorie.
Le rêve, pour peu qu'on se prête à entendre ce qu'il transmet de l'irréductible du désir vient trouer celte illusion de l'efficience de l'accumulation du savoir pour la conduite d'une cure. À ce titre il est bien gardien de la psychanalyse dans la mesure où il est irruption de l'Autre scène.
Un siècle après la Traumdeutung, quelle place attribuons nous au rêve dans notre pratique et dans notre élaboration théorique?
Tel était l'argument de cette journée qui s'est tenue à Paris le 17 juin 2000 et dont voici les actes

 

1) d'un Autre à l'autre rêve

D'un Autre à l'autre du rêve D. Allier
Le rêve nous a sauvés, nous les participants du Groupe de travail, qui nous étions embarqués confiants dans la lecture du séminaire XVI : “d'un Autre à l'autre”. Quand nous eûmes terminé la lecture de la douzième leçon nous comprîmes que la treizième et les suivantes se cachaient au delà des mers, “refoulées” dans un lieu inconnu. Bien sûr nous savions, dès le départ, que nous n'avions que les premières leçons, et que la suite, l'objet manquant en quelque sorte, se trouvait ailleurs, cachée sur un autre continent.

L'adresse du rêve Michèle Skierkowski
Dans les discussions que nous avons eues en cartel, un aspect du rêve a plus particulièrement retenu mon intérêt : c'est la question du message du rêve et de son adresse. Qu'est-ce qui intéresse Freud dans la "Traumdeutung" ? Ce n'est pas le rêve mais le récit du rêve. Car d'un rêve, nous ne pouvons avoir une quelconque idée que par son récit oral ou écrit.

Mais qu'allait-il donc faire dans ce rêve ? J. Teste
Dans le Fragment d'une analyse d'hystérie (Dora), Freud indique page 87 : “L'interprétation des rêves, l'extraction d'idées et de souvenirs inconscients des associations du malade ainsi que les autres procédés de traduction sont faciles à apprendre ; c'est le malade lui même qui en donne toujours le texte. Mais le transfert, par contre, doit être deviné sans le concours du malade, d'après de légers signes et sans pécher par arbitraire”. Les rêves d'analysants qui mettent en scène le personnage de l'analyste échappent-ils à cette règle ?

Les choses et les mots Michèle Larnaud
Au départ, le constat qu'un analyste n’a pas affaire à un récit de rêve ; il n’est, en effet, pas au chevet de l'analysant dès le réveil, mais au récit d'un souvenir de rêve. De là, je me demandais si récit consistait à refaire, chaque fois, en duplication ou en mise en plan sagittal, le procès décrit par Freud dans la lettre 52 : de la représentation de choses à la représentation de mots. Ce qui a appelé le titre du livre de Michel Foucault : Les mots et les choses  et le souvenir du chapitre : “les suivantes”

Ce qui “fait” tableau dans le rêve. J.M. Darchy
Le tableau de Vélasquez, - Les Ménines - (Prado, Madrid), si on l’utilise comme paradigme, comme le fait Erik Porge dans le numéro 26 de la revue Littoral, dans un article intitulé : L’analyste dans l’histoire et dans la structure du sujet comme Vélasquez dans les Ménines, serait supposé fournir, sinon une démonstration, tout du moins un mode de faire argument impliquant la mise en fonction du désir de l’analyste.…

 

2) deuxième partie

Rêve et phobie Claude Masclef
Là où de manière radicale le signifiant se désarrime du signifié dans sa vocalisation, la construction d'un rêve se fait par le procédé inverse de la perte du caractère vocal de ce qui s'exprime et la figuration de celui-ci. C'est peut-être par l'intermédiaire des rêves et "d'un ombilic de la pratique" dans la perception d'une abréaction que nous pouvons rendre ce qui serait ce temps de défaillance à accueillir dans l'entame des rencontres. Ce travail et ces réflexions ne pouvaient se permettre une généralisation mais ont le souci de faire partager les reliefs d'une discontinuité psychique.

Faisons un rêve par Dominique Lallier-Moreau
Je vais être brève. Je voudrais juste partager avec vous aujourd'hui quelques idées et associations qui me sont venues au sujet du rêve, et tout d'abord celle-ci : Pourquoi quand il passe dans le champ du discours analytique, le rêve perd-il son caractère poétique et merveilleux ?

Un nouveau rêve typique Jacques Nassif
L’exposé que l’on va lire cherchera à rendre compte de la récurrence d’un fait que la plupart des psychanalystes ou de leurs analysants ont tout loisir de constater : la situation analytique elle-même peut alimenter un rêve dans lequel sont toujours peu ou prou transgressées des règles qui la définissent, en tant qu’elles en régissent les paramètres et fondent l’éthique de son action. Mon idée est que la récurrence de tels rêves apporte des raisons suffisantes pour rallonger la liste, il est vrai non close, des « rêves typiques ». Mais quelles conséquences la nouvelle indexation ainsi obtenue pour ceux-ci peut-elle entraîner, tant dans la théorie analytique que pour ce qu’il est convenu d’appeler sa « technique » ?

Ce que Freud a répondu à Junon T. Perlès
À la menace de son Acheronta movebo, il a répondu : je te prends au mot ma cocotte. Il a dit : ces pudeurs n’ont plus lieu d’être — à ce stade des opérations, c’est plus de la pudeur, c’est de l’inconscience. Alors il traverse, les rêves, les mondes, les langues, les personnes, les siècles : il passe. Et il nous arrive, ou plutôt nous revient. Un des passages : la théorie de l’identification qu’à partir des rêves de nudité il se promet, dès le 9/12/99, de mettre en chantier. Quel est le sens de la visite ?

 

3) rêves d'aveugles

Rêves d’aveugles Sean Wilder
Ce qui suit est, pour une part, la traduction de morceaux que j'ai choisis dans un écrit de treize pages dactylographiés, en langue anglaise, fourni par Dennisse F., rêveuse, aveugle de naissance, analysant et (probablement) future analyste, texte où rêves et commentaires s'entrecoupent et s'entrecroisent. Sa culture psychanalytique n'est pas lacanienne. Sur les cinq rêves qu'elle a consignés par écrit, je n'ai traduit qu'un seul, avec les commentaires afférents. L'autre partie de ce texte a été constituée à partir de notes que j’ai prises à la suite d'entretiens téléphoniques avec Dennisse. Elle m'a communiqué oralement l'autre rêve présenté ici, le rêve d'enfance.

L’énigme topologique du réveil : temps freudien du rêve Guy Ciblac
L’approche d’un rêve n’est donc pas aussi simple qu’il y parait. Outre le fait que l’illusion des figures qui s’y produisent tire la lecture vers une approximation de première intention, c’est l’ensemble de la dynamique qu’il cristallise qui vient à chaque instant faire énigme. La familiarité qui s’opère avec ce que l’on pourrait appeler les images du rêve, ne pouvait qu’être mise à mal dès lors que notre propos était orienté par les rêves d’une aveugle de naissance.

Rêves d’aveugles Lucia Ibanez Marquez
Le chat voit-il la même chose que la souris ? Cette question en tant que rappel du caractère subjectif et individuel de la réalité psychique nous a aidés à laisser tomber ce qui avait occupé nos premières réflexions : nos efforts à essayer de nous représenter ce qui pourrait se rattacher à une représentation où le visuel serait exclu.