L'objet phobique dans la cure (Clermont-Ferrand, juin 99)

 

 

La phobie semble affaire de rencontre, voire de rendez-vous.
La plupart du temps, elle est mise en rapport avec le (re)présentable, le scopique, le viatorique…
Le phobique, plutôt que de se trouver face au représentable, se (re)trouve dans l’espace, comme l’on est dans la scène du rêve.
Est-on dans la parole comme on est dans un lieu ou un espace?
Et la cure psychanalytique réalise-t-elle pour le phobique un retournement de la situation phobogène où il s’agit de passer d’un lieu à un autre, par le déplacement dans la parole plutôt que dans l’espace?
À cet égard, les notions d’espace analytique, de praticable, pourraient-elles s’entendre comme contrepoint à l’espace phobique, et, partant de l’analogie avec l’agora, comme lieu de quête d’une parole?
La construction d’un objet phobique dans la cure est-elle déjà séparation première d’avec cet objet, chargé dès lors d’une dimension signifiante?

Tel était l’argument de la journée de travail des CCAF (Cartels constituants de l’analyse freudienne) qui s’est tenue à Clermont-Ferrand le 26 juin 1999, et dont voici les actes.

Ou la figure ou la lettre : le choix forcé de l’agoraphobe Albert Maitre
Il semble exister aujourd’hui un consensus pour séparer l’agoraphobie du cadre général des phobies. Cette distinction s’est faite sur des critères évolutifs et thérapeutiques mais elle est avant tout clinique, car l’agoraphobie ne prend que dans un temps second l’aspect d’une phobie. Dans un temps inaugural, c’est une crise d’angoisse, une attaque de panique, pour reprendre une terminologie du siècle dernier récemment et non innocemment réactualisée par la psychiatrie d’outre-Atlantique. Elle est rapportée au franchissement d’un seuil ou d’une limite, au-delà desquels s’ouvre une béance où le sujet se sent irrésistiblement attiré avec une sensation de mort imminente.

L’a, grève de l’ek, ou : Des conséquences d’une analyse Guy Ciblac
Je vais vous faire une confidence. Ce que j’avais préparé s’est trouvé relancé et, sans doute, un peu remanié par les rencontres et les échanges de ces derniers jours. S’il fallait, en un mot, saisir ce qui a pu faire trait, ce serait celui d’extériorité qui me viendrait à l’esprit. « Organiser une extériorité. » Il ne s’agit pas d’en justifier la réalité ou d’épingler son éventuel caractère d’illusion, mais de s’arrêter sur ce qui, du rêve à l’hallucination, de la perception au lieu de l’inconscient, trouve, dans les discours, de quoi fonder cette insistance.

Préface de Jacques Nassif à la traduction portugaise de Preguntas de la fobia y de la melancolía, de Ricardo Diaz Romero
Le petit livre que l’on va ouvrir donne aux futurs analystes, quelles que soient leur terre ou leur langue, des raisons d’espérer : il démontre, s’il en était besoin, que la psychanalyse n’est pas un arbre sur lequel les généalogies pourraient être attestées par la transmission de je ne sais quels anneaux de la légitimité. Je sais bien que le modèle de l’arbre a encore de beaux jours devant lui. Mais l’on ne m’empêchera pas de penser que sur son tronc, et même sur ses branches majeures, pas mal de bois mort empêche la sève de passer et d’aboutir aux branches les plus jeunes.

Plus personne ne bouge! Jacques Nassif
Ce titre dit l’injonction donnée aux enfants, juste avant que le photographe n’ouvre son objectif à l’impression d’une scène. Il s’agit pour lui de capter un regard, pris dans l’axe de son champ de vision. Lorsque le fonctionnement d’un corps doit être soumis aux investigations de certains appareils qui ont, en définitive, tous à voir avec un objectif de photographe, on fait en sorte que ce corps – mais c’est une vue de l’esprit – soit libre de l’action d’aucuns médicaments qui viendraient modifier les parcours habituels de sa physiologie. Il s’agit à mes yeux d’une autre forme de l’injonction du photographe; « Plus personne ne bouge! » revient à dire ici : qu’il n’y ait aucune influence externe à ce corps.

L’arpenteur et le propriétaire (sur phobie et psychanalyse) Serge Vallon
Je vais vous parler un peu de la phobie, et pas forcément vous en lire quelque chose, ne serait-ce que parce que dans la phobie, il y a un enjeu avec l’écrit – on sait très bien que l’écrit est là pour parer à l’angoisse : si c’est écrit, on sait où l’on va. En fait, ce n’est pas tellement ce qui fait peur au phobique, savoir où il va. Serait-ce plutôt savoir d’où il vient?