textes 1998 (2)

Le joli mois de mai. Marie-Claire Bœnisch-Lestrade
Me permettras-tu de te dire, cher ami lecteur, que, cette fois-ci, l'abondant courrier reçu à propos de la mise en forme de «Convergencia» a eu raison de l'indifférence qui était la mienne jusqu'ici. Je ne saurais exactement te dire pourquoi, ou plutôt, il est probable que je compte sur cet écrit pour m'éclairer sur la cause de ce changement.

Un amour de transfert. Thierry Perles
Ceci, extrait d'un rêve de détresse et d'appel: de l'immeuble où ça se passe, elle dit: «C'était une maison qui ressemblait, comme la vôtre.» Une justesse dans l'énonciation, qui tout à la fois évite et dessine, dessine en évitant (en évitant quoi, d'ailleurs, sinon le fameux moment fécond)? C'est une problématique d'image: renvoi de l'artificielle à la naturelle.

Le mot n’est pas la chose. Michel Luçon. Guy Ciblac
Michel Luçon, l'auteur de ce texte est bien connu d'un certain nombre d'entre nous puisqu'il est un de nos partenaire de travail dans plusieurs cartels. Bien que ne définissant pas sa pratique orthophonique comme une pratique analytique, la manière dont il peut témoigner de son style et celle dont il construit son élaboration théorique me paraissent tout à fait opportune à exemplifier l"extension" de notre champ. J'ai pensé que ce texte pouvait apporter des éléments intéressants à cette question du "Hors la cure", mais jugez-en vous-mêmes.

Tweedledum and tweedledee. Marie-Claire Bœnisch-Lestrade
Sais-tu, ami lecteur, quelle fantaisie me venait ces temps-ci ? L'image d'un Freud surgissant de sa tombe et venant explorer avec un mélange de surprise et de jubilation la psychopathologie de notre vie quotidienne. Je ne pouvais m'empêcher de penser à l'étonnement qui serait le sien devant les lapsus calami de nos modernes machines, expertes en l'art de déchiffrer et de copier, mais tout aussi généreuses en combinatoires inattendues. Je ne doute pas que sa curiosité n'eût été piquée au vif par ce phénomène, dont le rappel insistant de notre subjectivité de lecteur n'est pas la moindre conséquence.

A sign of the times. Sean Wilder
Les documents joints, un prospectus et ma réponse, pourraient intéresser notre Courrier - à une rubrique (à inventer) : "Le dur aujourd'hui (suite)" ou des "Signes des temps" (en anglais a sign of the times est un trait caractéristique, généralement néfaste, de l'époque, comme on dit "c'est l'époque qui le veut"). J'envoie ce dossier, parce qu'il concerne une peut-être la - question névralgique des CCAF.

La peinture d’Henri Yéru ou la loi à l’œuvre. Claire Colombier
L'article qui suit n'a pas été écrit spécialement pour le courrier Il était initialement destiné à une revue associative sur les arts plastiques et se voulait une présentation de l'ouvre du peintre, à partir de mes rencontres successives avec les œuvres dans le cadre de l'atelier. J'ai choisi de vous le proposer aujourd'hui tel quel dans le même but de vous faire connaître cet artiste dont l'ouvre concerne la psychanalyse et les psychanalystes.

"Work in progres". M.C. Bœnisch-Lestrade
Me permets-tu, cher ami lecteur, de saluer du nom de Joyce ce qui nous arrive dans le dernier courrier, ce grand chantier de mots ? Que les spécialistes de l'écrivain me pardonnent cette évocation saugrenue, qui ne se veut nullement une comparaison littéraire, mais qui s'impose de l'intention, du travail, de l'énergie, dont la trame nous a été communiquée. De cette foisonnante recherche, installée, cette fois-ci, en Barcelone, mais promise par la suite au nomadisme, qui nous a si bien été narrée par ceux de notre association qui s'en étaient sentis acteurs, j'entends la liberté des langues dans leur pouvoir de création, et je me sens redevable à ceux qui ont œuvré pour nous en permettre la saisie. Lorsque je me souviens de ma réticence première - laquelle, il me semble, pourrait se cerner du terme de "mondialisation" dans son reflet économique -, je dois reconnaître un changement, dont le point de bascule me paraît être l'urgence de l'acte de métissage.

Convergencia : le père Thierry Perles
Le prochain séminaire inter-associatif (deuxième week-end de janvier, à Paris, à l'initiative du Cercle Freudien) a pour thème le changement dans les institutions analytiques. Je ne vois pas trop où on s'embarque avec ce terme de changement. N'étant je crois pas le seul, je transpose par création. Qu'est-ce qui change dans la création ? C'est à dire qu'est-ce qui change dans la fonction paternelle, son assomption par chacun, à chaque moment où elle est requise ? On soupçonne un débat, un je qui se débat comme il peut - un je qui souffre pour dire je quand il le doit, un plus de souffrance pour cause de subjectivité incapacité : fonction paternelle, visée et durablement atteinte comme telle. Il y a des traces d'effacement que ramènent ce changement. À nous d'en faire quelque chose.

Le Cheval dans la locomotive d'Arthur Kœstler. Sean Wilder
Si un ami plus lacanien que moi ne m'avait pas appris que Lacan avait fait l'éloge des Somnambules de Kœstler, je n'aurais sans doute pas entrepris d'écrire cette note pour les lecteurs de notre Courrier, malgré l'enthousiasme que cette lecture m'a procuré. Je ne sais pas ce qui a plu à Lacan. Kœstler et Lacan embrassent, chacun, une gamme très étendue de domaines de leur culture et ils abordent, chacun à sa manière, les grandes questions de l'humain telles qu'elles sont posées depuis Freud. Tout particulièrement celle de cette sorte de schizophrénie qui fait que les sociétés les plus civilisées, les plus hautement cultivées, sont les agonistes des conflits les plus meurtriers entre communautés, peuples et nations, la question qui, pour Freud, trouvait une réponse dans le concept de la pulsion de mort.

Les mystères de l'alphabet de Marc-Alain Ouaknin. Jean Princé
Si je le trouve génial, ce livre, c'est naturellement parce que j’y ai remarqué confirmation éclairée de quelques idées qui m'étaient venues, associant ma filiation psychanalytique freudienne et ma pratique plus récente de l'hébreu biblique. Il justifie une approche anthropologique historique du langage - sans nier pour autant la pertinence d'une approche structurale -, du fait qu'il précise où et quand est survenu cet événement majeur dans l’histoire du langage : au Sinaï voici environ 3500 ans au temps de Moïse, l’apparition de l’alphabet c'est à dire la disparition, dans le signe écrit, de l'image visuelle, remplacée par un phonème, représentation du son.