textes 2001

Après Intension-Extension. Thierry Perlès
Je reformulerai la question posée hier soir par Jean-Jacques Moscovitz à la suite de l’exposé de René Lew, de savoir si la proposition de Lacan (la passe) ne se motiverait pas, en ce retour de l’extension sur l’intension qu’elle propose, d’un changement qui aurait affecté la pulsion de mort ? Soit la question : quelque chose a-t-il changé dans l’issue de la régression ? La réponse est, incontestablement, oui. Et c’est exactement ce que la passe devait, devrait prendre en compte. Le peut-elle ?

Esquisse pour une direction éthique de la cure. Élie Cany
Il y a quelques années, nous avons assisté à l'inflation et la dénaturation d'une acception moderne du terme « d'espace ». Désignant d'abord, avec bonheur, un lieu ou sa métaphore, qui par son ouverture, éventuellement le vide qu'il institue, appelle la création, il s'est trouvé abâtardi par les marchands pour désigner à la sortie de nos villes certains hangars qui abritent la consommation de masse. Nous sommes passés ainsi de « l'espace Cardin » aux « espaces meubles », « chaussures » etc. La notion d'éthique, de façon à peine moins caricaturale, prend le même chemin et beaucoup de professions qui devraient se suffirent des notions de « morale » où de « déontologie » en appelle souvent d'autant plus à l'éthique que leurs pratiques sont contestables sinon douteuses.

Le citoyen V.S Pritchett. Traduction de J. Nassif
Je me demande s'il vous arrive d'aller à des expositions de peinture et si vous n'auriez pas vu les dessins exposés à la Galerie W, il y a un mois ou deux. Des dessins italiens, faits par une femme - Effie Alldraxen. Des entrefilets très élogieux, et ce sont les critiques qui les lui ont adressés. Très gratifiant pour moi. Elle est ma fille. Il y avait un grand dessin que plusieurs de nos amis ont remarqué - typiquement italien, la représentation de l'une de ces cours de Palazzo à Rome avec une statue au fond. C'est un dessin qu'elle avait appelé : Le Père. Elle avait rendu l'impression que l'on a à Rome de statues se trouvant partout - des personnes en pierre (vous voyez ce que je veux dire ?) menaçantes, émouvantes, presque sur le point de marcher, encombrantes, poussant presque les vivants en dehors des trottoirs. Un des critiques a dit qu'elle rendait le personnage vivant - curieuse observation, ai-je pensé, parce que pierre et bronze sont chose morte, n'est-ce pas ?

Elipse ? Jacques Donnefort-Paoletti
« Chaque planète décrit une ellipse dont le Soleil occupe un des foyers. » (1re loi de J. Kepler). Mais qu'en est-il de l'autre foyer de l'ellipse ? Il avait disparu. Ce n'était pas très net, mais ainsi pourtant : il avait disparu. C'était ignoré de tous : un autre l’avait aussitôt remplacé « qui lui ressemblait comme un frère. »

Le travail du délire. Albert Maître
Où en est-on 45 ans après la Question préliminaire quant à nos conceptions théoriques sur les psychoses et peut-on faire valoir quelques orientations quant à leur traitement ? Il faut rappeler que Lacan dans ce texte, s’il apportait un point de vue novateur en montrant par des arguments cliniques que la spécificité du phénomène psychotique résidait dans une perturbation radicale de la condition langagière du sujet, semblait néanmoins partager le pessimisme de Freud concernant un traitement possible.

Psychiatres, analysez vous ! Lucia Ibanez Marquez
Qu’est ce que des psychanalystes pourraient dire aux psychiatres sur le traitement de la psychose qui ne soit pas vite rangé dans l’arsenal des outils psychothérapeutiques dont la psychiatrie moderne se sert si bien ? C’est un fait d’histoire, après saint Alban, le jargon psychanalytique a atteint un degré de vulgarisation dans les institutions psychiatriques. Mais, qu’est ce que cela est venu changer dans la pratique même ?

Autour des psychoses…contribution. Thierry Perles
Autrement dit, celui qui entreprend de « traiter » un psychotique devrait probablement être averti : que la valeur de ce qu’il met en œuvre se mesure à l’autorisation qu’il se donne de laisser le réel s’actualiser dans la réalité dont il est partie prenante. La question qui se pose au psychanalyste est de savoir s’il est plus facile de cesser de s’y soustraire, quand s’y ajoute la condition préalable d’avoir trouvé à s’y soumettre soi-même comme sujet. Là est vraiment la question préliminaire.

Psycho (tropes). Pierre Eyguesier
J’ai écrit ce texte il y a déjà pas mal de temps, dans la foulée d’un travail de “cartel” réunissant des psychanalystes, psychiatres de formation pour la plupart, autour du thème “La dérive scientiste de la psychiatrie”. Son noyau est formé par une réflexion qui prend sa source dans une étude plus ancienne sur l’épisode de la cocaïne chez Freud, à propos du fait que les drogues et les médicaments sont “parlants”. Cette hypothèse, qui a toutes les allures d’un paradoxe ou d’un argument polémique, ou encore – sait-on jamais ? – d’une évidence pour des lecteurs rompus à la psychanalyse freudienne, je l’ai mise au travail en écrivant d’un seul jet un entrelacs de pensées d’allure aphoristique.

À propos du texte de J. Nassif : Un nouveau rêve typique. Guy Ciblac
Si je reste sur l’impression de cette lecture qui a eu le mérite de me replacer dans mes étriers, le tamisage en retient l’insistance qui s’y lit à ne plus concevoir la psychanalyse autrement que dans la structure de son propre appareil jusqu’à faire du rêve un produit de cet appareil. J’y souscris volontiers. Mais au pas à pas, je retrouve mes propres nécessités qui vont à accentuer le sens qui s’y trouve soutenu.