Pernépsy : perversions, névroses, psychoses (groupe montpelliérain, mars 11 à mars 13)

Le vendredi 26 juillet 2013 à 14h26

 

De début 2011 au printemps 2013, le groupe montpelliérain des C.C.A.F. a travaillé sur "PERNÉPSY", translittération acrosyllabique de perversions, névroses et psychoses, proposée en 1988 par Jean Allouch, pour tenter de mettre un coup de pied salutaire dans la fourmillière des trois entités majeures de notre clinique. Ce sont ses textes qui ont accompagné notre chemin, et nous l'avons rencontré à Montpellier au cours de deux demi-journées de travail en janvier 2013. Le dernier texte, présenté ci-dessous, est celui qui a, pour l'instant, conclu notre cheminement , en Avignon, lors des journées de printemps des C.C.A.F. en mars 2013. Le chemin n'est pas sans embûche, mais comme le dit Jean Allouch, c'est un des rares qui peut nous conduire vers ce que l'analyse freudienne n'aurait jamais dû cesser d'être, à savoir une PRATIQUE PARIASITAIRE…

 

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Soit-dit en passant… Luc Diaz "Comme pièce à ajouter au dossier pernéspy, que nous essayons de constituer pour le groupe montpelliérain du deuxième jeudi".

Au cours de notre entre associations, à Montpellier, début septembre, Guy Ciblac nous a, avec sa manière, enjoints de nous désarrimer de la nosographie médicale, celle des diagnostics, soit, bien vite, d’une idée certaine des structures… Que ce soit en janvier dernier à L’Enclos, que ce soit au cours du colloque du cercle freudien du 22 janvier 2011, que ce soit au Hameau de l’Étoile, Olivier Grignon nous pose, sans jamais vraiment cesser, la question de l'orientation du réel : est-il orienté et, si oui et/ou sinon, orientable ? Si tout est écrit, alors basta l'orientabilité. Mais le-nom-imprononçable se serait « contracté », pour ça (ne) cesse (pas) de (ne pas) s'écrire, de parenthèses en parenthèses, juste des passages en passages… Cette question, je l’apporte, pourtant, déjà en moi depuis bien longtemps. Comme tout bon bâton merdeux, elle pose d’entrée celle de savoir par quel bout l’apprendre : en a-prendre un bout. De ma clinique, et pas seulement, s’est rappelé le transfert psychotique. C’est certainement un oxymore pour beaucoup. Une manière d’(e) (s’) y faire tenir, autant que possible, debout les deux-bouts qui sont deux-dans, en sembles.

Pour suivre, “Soit dit en passant…” Guy Ciblac

Voici bien que le texte de Luc Diaz m’inscrit dans votre débat. Alors acceptez que je relève cette invite pour vous faire part de quelques échos. La médecine pouvait, dans ce qui fut sa tradition humaniste, porter avec elle des dimensions qui échappaient à la fois à la science et à la raison. Elle n’est plus de cette veine et nous aurions tord d’insister à revêtir les habits que lui ont taillés à la fois les techniques et le sentiment de puissance que lui confère la courbe exponentielle du savoir de la logique rationnelle. Il nous faudra un jour faire le point de la limite que nous impose la référence aux lumières. La mort pourtant vient ici comme butée, au delà même de ce que la modernité tente de dénier. Ainsi la médecine s’est rompue, nous en recueillons les éclats, mais prenons garde à ne pas les reconstituer en un objet qui se voudrait saisissable, mesurable, évaluable ce vers quoi nous tire ce rejeton de la revendication phallique qu’est la psychologie.

J'ai peur… Luc Diaz

Le monde n’est qu’une branloire pérenne. […] Je ne peins pas l’être, je peins le passage…, écrivait mon ami Michel, à la fin du seizième siècle des Chrétiens, dans le deuxième chapitre de son troisième livre. Ou plutôt des passages, disait Olivier Grignon le 29 avril 2009, lors d’une conférence au Cercle freudien, sur « Le courage d’écrire », et de fil en aiguille, de bâtons en lettres, si j’ose dire, de passage en passe, on découvre que “passe” est un signifiant dont on ne peut se passer.

Proposer de réfléchir à pernépsy, ce ne serait pas seulement avoir envie d’un joli feu d’artifice. Ce serait, plutôt, se risquer à essayer de le dépasser, ou mieux, de le faire passer, à la manière dont évoluent les sciences physiques : qu’il y ait ou pas du neutrino pour aller plus vite que la lumière ne remet pas pour autant en cause la vitesse même de la lumière. Après tout, pernépsy m’a avant tout permis de tenter de me rassurer quelque peu, en essayant de m’expliquer, à peines, quelques choses des folies des mondes, et de nos métiers de fous.

Élucubrations (d’un deuxième jeudi) à l’autre… Luc Diaz

Lors de notre dernière réunion autour des horizons-t-alités1 du sexe – avec (ce texte d’)Allouch, la psychanalyse reparle vraiment, crûment, de sexualité, a souligné fort justement, en substances, Claudine Hérail –, nous nous sommes arrêtés sur la dernière question de ce texte : « Notre beau tableau clinique à double entrée, névrose, psychose, perversion, avec, chacune son mécanisme, Verwerfung, Verdrängung, Verleugnung, nous est-il bien utile ? »2 Les aliénistes, au XIX° classificatoire, ont commencé par compiler des catalogues des thèmes, puis des mécanismes, délirant(s), avant, dans la première partie du XX°, de les systématiser ou non, dans un paranoïa(s) versus schizophrénie(s). Ce sont toujours et encorps Le système, les systèmes, la systématisation, qui n’en finissent pas d’assassiner. Les DSM en sont un des plus terrifiants paradigmes : des systèmes non systématisés. Écrans de fumée de théories soit-disantes a-théoriques.

Avant de jeter le bébé avec l’eau du bain, Françoise Wilder nous a proposé de garder, pour partie, pour partir, une des deux entrées du tableau, celles des dits-mécanismes.

… être pris pour … et/ou … (se) prendre pour … Luc Diaz

Comme convenu pour notre prochain deuxième jeudi, en préparation de la venue de Jean Allouch en février à Montpellier, je suis reparti du premier de ses textes que nous travaillons : Vous êtes au courant ? Il y a un transfert psychotique [Littoral n°21, octobre 1986, p. 89-110], où il est écrit : « … il s’agit du transfert et […] le psychotique s’y inscrit exactement de la même façon que quiconque » [p. 89]. Je m’y attarde encorps. Des re-con-naissances ne cessent d’insister. Re-co-n’être au risque d’être re-con-nu : nu, sans ombre possible, sans cachettes incertaines, sans forêt obscure. Défilement discontinu de pâles reflets de petites poupées dans les pupilles de l’autre, des autres. Se cacher est un plaisir, ne jamais y être un tant soit peu découvert, une catastrophe. Penser que l’on peut tout découvrir en est une autre.

Notre Père né psy est mort… Son fantôme nous hante encorps ! Luc Diaz

Parler de pernépsy, c’est employer ce néologisme, forgé en novembre 1988, par Jean Allouch, dans son article Perturbation dans pernépsy [Littoral n° 26, pp. 63-84], grâce à une translittération acrosyllabique des « trois entités dites majeures de notre clinique : perversion, névrose, psychose » [Ibid., p. 77]. Il y déplorait que nous venions encorps « gentiment [nous y] ranger à l’enseigne d’un père né psy comme d’autres sont nés coiffés ou avec le stérilet de leur petite maman dans la main. » [Ibid., p. 77] Il demandait : « Ça a l’air de tourner rond ce pernépsy mais à quel prix ? » [Ibid., p. 77] C’est ce prix qui nous a paru de plus en plus exorbitant, à entendre comme vous le voudrez. Il vient non seulement parasiter notre écoute, mais pire, il l’enferme, et la rigidifie dans des catégories présupposées, même si, Grand Dieu, nous nous en défendons… Athées, nous sommes, athées nous restons, sans même remarquer que nous sommes hantés par son fantôme. L’avant dernier livre de Jean Allouch, L’ingérence divine I : Prisonniers du grand Autre [Paris, EPEL, 2012], est des plus précis sur cette question de la seconde mort de Dieu, qui n’est toujours pas consommée… Rester figés dans pernépsy, c’est accepter d’autoriser certains, trop certains, et parfois nous-mêmes, pour ne pas dire moi-même, à proférer des aberrations et des horreurs, aussi indignes que celles entendues lors de la controverse de Valladolid, du style : les dits psychotiques ne peuvent pas avoir d’humour, ni même de relation amoureuse (sic). Ont-ils seulement une âme, qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? Et je ne parle pas de l’amalgame bassement démagogique entre fous potentiels et meurtriers probables …