textes 2015

 

 

Encore la passe,

Jacques Nassif

 

         Au bas mot dix mois par an et durant, m’avez-vous rappelé, quatorze années, nous avons passé chaque semaine des heures et des heures, distribuées pourtant seulement en des laps plus brefs, scindés en deux fois par semaine, consacrées à ces rencontres que nous appelons des séances, mais qui n’avaient rien d’une cérémonie... ; et cela, en vue de mener à bien une psychanalyse à laquelle vous avez été toujours impeccablement assidue.

         Quand elle s’est terminée, il y a quatre mois, quand vous me l’avez signifié et que je n’ai rien trouvé à redire, aucun des problèmes qui vous avaient amenée à me la demander n’avait trouvé sa solution, et combien encore de souffrances étaient à endurer ! Ni travail assuré ni amour partagé, selon la version canonique et apprise, n’étaient acquis. Mais tout cela vous semblait à présent à portée de la main ou en passe d’advenir.

 

Cher Jacques Nassif,

Luc Diaz

Cher Jacques Nassif,

       Merci tout d’abord de la confiance que tu nous fais, au Conseil, de la primeur de ton écrit sur la passe. Merci encorps pour cet écrit. La rigueur de ta pensée s’y écoule agréablement dans la poésie de ton style. Il faut faire passer ta lettre à Alexandra. Quel plaisir de ton écrit, et des joies, de la joie, qu’il fait passer, bien loin du pathos habituel, de nos jours peut-être plus que d’autres, des se-disantes Cassandre kretschmériennes de la psychanalyse. Nous pouvons certes regretter avec toi, pour la forme, son « ton un peu trop idéalisant ». Il y manquerait peut-être une certaine part d’ombre. L’Ombre et le Nom, dirait Michèle Montrelay... Passe et nomination. Il n’y aurait ni mot de passe, ni passe du nom ?

 

Psychanalyse et (ou) action politique

Albert Maître

         Depuis déjà quelques décennies les psychanalystes ont relevé une évolution dans la manière dont s’exprime la souffrance des sujets qu’ils reçoivent dans leurs cabinets. Les états d’angoisse, de dépression et d’addictions semblent prévaloir sur la clinique des névroses qui passait pour l’indication élective de la psychanalyse.

         Cette clinique actuelle est l’expression d’une difficulté à pouvoir penser l’absence de l’objet et encore plus son deuil. Elle a été imputée, par de nombreux auteurs, aux effets du développement des techno-sciences et à leur production envahissante d’objets réels ou imaginaires. Semble donc se vérifier ce que Freud avait indiqué dans la Massenpsychologie, l’incidence de l’environnement sur la condition du sujet.

         Si les modalités du lien social ont une telle incidence sur le symptôme, ne devons nous pas, alors, prendre en compte un déterminisme d’ordre politique qui nous amènerait à modifier notre façon de penser la causalité psychique et l’acte analytique ? C’est ce à quoi nous invite à penser le livre de Pierre Eyguesier intitulé Psychanalyse négative (1). L’incidence du social sur le déterminisme du symptôme nous incite donc à examiner les relations de la psychanalyse et du politique, voire à envisager une mise en continuité de leurs champs, et à penser en quoi cela pourrait modifier la pratique des psychanalystes.

         Pour contribuer à ce débat un certain nombre de remarques s’imposent que j’aborderai par les aspects historiques de la clinique, puisque Pierre Eyguesier considère : « que la névrose est une capitulation de la pensée devant la parole officielle... » d’une idéologie dominante.