Trace(s)

Le mercredi 17 juillet 2013 à 17h17

Quels besoins et quelles envies, une association pour l’analyse freudienne comme la nôtre, a-t-elle, en 2013, de garder et de présenter des traces de ses histoires, déjà vieilles de 30 ans ? Pour faire histoires justement ? Comme l’on dit de quelqu’un qu’il fait toujours des histoires ? Même en les mettant au pluriel et en ne leur donnant pas la majuscule, nous n’éviterons pas la hache qui les introduit et coupe et découpe sans jamais vraiment cesser.

Qu’est-ce qu’une histoire ? Une naissance, une vie, une mort ! La naissance n'est précédée par rien. La mort, rien ne lui succède. Un récit est immédiatement mis en place, un temps a aussitôt épousé l'apparence, de la flèche ou de la ligne, si folles que soient pareilles images. L’ensemble reçoit sur-le-champ une direction, tire son sens en traduisant subitement un ordre logique dans le délire d'une interprétation, et fait système entre ces pôles. La mise en valeurs est une tribulation inévitable. La chronologie nous rappelle que Chronos n’en finit pas de dévorer ses enfants.

Or l’analyse freudienne n’est pas un historicisme, malgré ce qu’en laisse croire une certaine vulgate psychologisante, qui en ferait une recherche à rebours des causes dans le passé de nos symptômes actuels, pour nous libérer de nos vieux démons. L’analyse freudienne se réfère plutôt au mythe. Lacan disait que le seul mythe moderne, c’est Freud qui l’avait forgé, avec le meurtre du père de la horde primitive. Le mythe ne se résume pas à : une mort, une re-naissance, une vie. Cette renaissance n’est pas renaissance en tant que restauration des anciens dans leur ancienneté, elle est renaissance de la naissance même. Et des morts et des renaissances, la vie de l’analyse freudienne en est aujourd’hui jalonnée, rythmée. En mettant la mort en premier, le mythe semble l’évacuer. Il semble seulement. Notre propre mort en tant qu’association n’est pas évacuable. Alors peut-être avons-nous envie de conserver, encorps, quelques temps, quelques traces…